Une nouvelle revue papier est née… !

r&v6Recto-Verso c’est aussi aujourd’hui une revue papier assez unique et originale née en février 2017.

Les premiers 7 numéros ont été présentés et exposés en février à la Librairie Ombres Blanches de Toulouse.

Le concept c’est :

  • un auteur, écrivain, poète, blogueur, chanteur, bref un artiste, un penseur, un scientifique, peu importe sa qualité, si ce n’est que l’écriture est un moyen de communication privilégié pour lui,
  • une sélection de ses textes très subjective mais bien entendu explicite et pleine d’évocations par Laurie,
  • une illustration en xylogravure (gravure sur bois) de Yoel où s’imbriquent ces textes,
  • à lire comme un journal en 6 pages et à déplier en une grande affiche prête à recouvrir vos murs.

Les thèmes abordés dans les premiers numéros sont la précarité, l’érotisme, la traduction, la chanson, le cirque, les élections…

Préparation du prochain numéro pour le mois de septembre 2017 autour des textes d’un spécialiste de la linguistique française hors norme puisqu’il est argentin (!) et qu’il nous fera découvrir son approche des conflits sociaux, en s’appuyant sur l’analyse du débat sur le loup…

Cette revue est pour nous l’occasion de faire découvrir des univers pluriels, intimes et politiques, donner envie d’aller plus loin, toujours plus loin, avec une lecture graphique et artistique de Yoel qui parfois permet des respirations, des envolées ou bien laisse sans voix..

La revue est diffusée par la Librairie Ombres Blanches ou à commander directement en contactant Yoel Jimenez par mail jimenez.yoel@gmail.com. N’hésitez pas à le contacter si vous êtes intéressés pour présenter, exposer ce projet ou le diffuser.

Pour l’instant le nombre d’exemplaires est très limité car ils sont imprimés à la main sans presse… Mais nous travaillons à une version nous permettant une diffusion plus large… à suivre sur ce blog

Soyez patients ! bientôt des photos et la possibilité de s’abonner.

Nous prévoyons de sortir 3 ou 4 numéros par an

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Un bulletin pour un président… y croire encore un peu ?

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Image de Fred Durand

Le plus terrible c’est que la question n’est pas pour qui je vais voter mais plutôt est-ce que je vais voter ? Moi, pur produit de la République, formée et éduquée pour servir mon pays, pour participer à cette démocratie que j’ai appris à critiquer mais avec la foi dans le service public et le souci de l’intérêt général…

Liberté, égalité, fraternité comme ligne d’horizon, combat du quotidien, se sentir responsable de nos actes, et en capacité d’infléchir la politique. Tout depuis mon enfance me pousse à croire en la République, ses élus… Oui car j’ai vu aux côtés de mon grand-père et de mon père comment s’exerce le pouvoir des élus, le pouvoir du peuple, et je sais à quel point même dans la plus petite commune l’engagement de ces conseillers municipaux peut produire de l’action politique, infléchir les choix qui constituent ensuite le cadre de nos activités quotidiennes.

Bien entendu les élus seuls ne font rien, ils sont soit influencés par la pression de citoyens engagés dans des associations ou poussés par des lobbies idéologiques ou de purs intérêts financiers, cela dépend à la base de leur honnêteté, de leurs valeurs pour utiliser des termes un peu dépassés ! J’ai vu des projets d’autoroute en bord de Garonne abandonnés, j’ai vu des écoles se construire ou fermer. Se frotter aux élus et travailler à proximité permet également d’observer de près le fonctionnement de la république. C’est vrai que c’est sans doute le meilleur moyen d’en être dégouté, tellement les profils et les manœuvres politiciennes prennent souvent le dessus. Mais c’est bien l’occasion de voir de près des hommes et des femmes et toute l’ampleur de leur pouvoir… Ce fameux pouvoir décisionnaire du maire et des conseillers municipaux, il existe vraiment, ils peuvent décider des chantiers où investir ou bien des projets à rejeter.

Alors comment abandonner ce pouvoir du vote qu’il nous reste, c’est un déchirement, un cas de conscience. Surtout lorsque l’on a par ailleurs la connaissance et l’expérience de pays où ce droit est réellement une farce.

Bref le dilemme est complet car la valse des candidats à l’élection présidentielle est réellement une parodie. Sous contrôle des maîtres de la communication, ces hommes et ces femmes sont comme des pantins, leur avidité du pouvoir transpire de leurs pores. On ne voit plus que ça. C’est vrai ils ne sont pas crédibles. C’est une vraie fable qui se déroule sous nos yeux et il n’y en a aucun qui nous laisse espérer encore… La pitié, le dégoût, la moquerie, voilà plutôt ce que suscite cette valse des animaux politiques, car c’est bien de cela dont on parle, une véritable jungle.

Alors que faire ? Devenir complice de ce système à la dérive ?

Ce n’est pas une question légère et sans conséquence, car parmi ce palmarès, certains sont plus effrayants que d’autres et ne pas voter sera l’occasion de leur donner aussi ce pouvoir dont ils rêvent. Même si seulement 40 ou 50 % de la population vote, l’un d’entre eux sera élu. Et ne pas voter nous rend également responsables de ce choix.

Ce système est périmé, mais il peut se dégrader encore davantage, je crois que c’est pour cela que j’irai voter. J’exagère peut-être mais je souhaite encore utiliser tout ce que nous avons à disposition pour essayer encore aujourd’hui d’infléchir notre politique. La crise est grave. Il faut que nous restions debout et actifs et tous les moyens sont bons, le vote en fait partie. Président, présidente, prenez garde, on vous surveille, encore !

Avis de recherche : Au travail !

                  Alors que l’on annonçait la fin du travail, un monde où le capitalisme permettrait de développer une société de loisirs et de consommation sans fin, nous ne cessons de voir les médias, les politiques, les journalistes, et même les citoyens les plus engagés se préoccuper pour ce satané « travail ». Depuis des mois, les manifestations se succèdent dans la rue pour s’opposer à ce gouvernement dit de gauche qui s’acharne à réformer le code du travail dans la perspective d’assouplir les règles afin de faciliter le développement de l’emploi tout en garantissant un certain nombre de protections aux salariés.

             Résultat, les grèves se sont multipliées et grâce au 49.3 la fameuse Loi Travail a été promulguée le 8 août 2016.

             Et alors que va-t-il se passer ?

Les entrepreneurs vont pouvoir créer des emplois à la pelle, les salariés partir se former pour adapter leurs compétences au plus près du marché, nos cités abandonnées vont surgir de leur déliquescence pour devenir le ferment de l’avenir de la France !

Nous attendrons la rentrée pour voir ce tsunami de l’emploi, mais ce scénario risque encore d’être plutôt une nouvelle utopie.

Il est étonnant de voir en France l’énergie dépensée pour écrire de nouvelles lois, pour les contester, pour les amender et pour au final dégrader un peu plus la situation sans parvenir à inverser la tendance. Ah cette France du droit qui laisse si peu de place au pragmatisme, à l’expérimentation et à la recherche de solutions plus libérales, dans le sens philosophique du terme et non économique !

Car toute cette mobilisation pourrait aussi être l’occasion de révéler une somme de problèmes qui sont rarement sur le devant de la scène et qui mériteraient d’être révélés et combattus. Aujourd’hui qui se préoccupe de la condition de travail des salariés que constituent par exemple les intérimaires ou encore tous les salariés des entreprises du bâtiment, du nettoyage industriel, des supermarchés, des sociétés de transport ?

Certes quelques journalistes d’investigation ont pu raconter le quotidien de ce monde du travail, mais qui descend dans la rue pour dénoncer le non respect du code du travail actuel. Évidemment les salariés peuvent s’acheter leur petite voiture neuve, leur téléphone portable, leur télévision, leur pavillon, leur voyage dans les îles, tout ceci à crédit bien sûr mais il faut observer leurs conditions de travail, un esclavage bien enrobé de papier cadeau contenant les clés de la société de consommation !

Les syndicats auraient vraiment un rôle à jouer dans ces entreprises.

Face à ces incohérences, à ces dysfonctionnements, pourquoi ne pourrions-nous pas reprendre tout à zéro ? Nous disposons par exemple d’une institution censée être un acteur majeur du marché de l’emploi, j’ai nommé Pole emploi. Un nom rempli d’espoir.

54000 agents et 902 agences sur tout le territoire, beau potentiel !

Des employés, même si ce n’est pas conforme à leur réputation, formés et compétents, des outils numériques à leur disposition, une armada de conseillers et des sociétés de formations privées prêtes à dégainer pour un bilan de compétence, une formation pour rédiger son CV, ou utiliser l’informatique, etc… Bref un dispositif moderne et adapté pour aider les demandeurs d’emploi à retrouver le chemin du Travail.

Pourtant il suffit d’avoir dans son entourage un de ces fameux demandeur d’emploi, chômeur (bigre l’insulte!) pour comprendre à l’écoute de ses récits que le système est défaillant. D’ailleurs si on a la chance d’être un peu malin et bien entouré on déconseillera plutôt au chômeur de contacter pole emploi pour retrouver un emploi : qu’il récupère ses indemnités, pour le reste qu’il fasse marcher son réseau et son esprit débrouillard !

Il ne s’agit pas ici d’accuser les 54.000 agents de cette digne institution mais les mammouths existent aussi dans ce secteur et un peu plus d’imagination, de souplesse, de diversité, d’expérimentation, de curiosité donneraient peut-être un peu de respiration à ces conseillers désespérés pour participer à un véritable développement de l’emploi.

Ces banlieues dotées d’un nombre considérable de demandeurs d’emploi sont aussi riches de populations inventives, cultivées, mais il est vrai que les lois, les taxes, les règlementations sont parfois un frein à la création d’entreprise. Pourquoi ne pas imaginer des facilités pour les toutes petites entreprises qui permettraient peut-être de développer des petits emplois. L’expérience de l’auto-entreprise est un premier pas qui pourrait se développer.

Pourquoi les agents de pole emploi ne pourraient-ils pas contribuer à l’invention de modèles expérimentaux pour accompagner sur leur territoire ces chômeurs ou travailleurs potentiels ?

Si l’on ne donne pas plus de marge d’action aux fonctionnaires, si on n’exploite pas davantage l’imagination des travailleurs pour améliorer cette fameuse économie du travail, il faudra trouver un nouveau logo pour cette agence que nous rebaptiserons :

« Paul sans emploi ».

paul sans emploi copie

Illustration de Yoel Jimenez (http://www.yoel-jimenez.com)

BIBLIOTHEQUE 3ème LIEU…. OU L’ENTREE DANS LA 5ème DIMENSION

Les bibliothèques (les plus innovantes et dynamiques bien sûr) subissent actuellement une métamorphose spectaculaire qui conduira sans doute les Académiciens à inventer un nouveau nom pour l’apparition de ces lieux polymorphes en ébullition.

Pour l’instant c’est la qualification « troisième lieu » qui semble le mieux décrire cette évolution.

L’article de Mathilde SERVET dans la revue en ligne BBF de 2010 http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2010-04-0057-001 en fait une parfaite description.

Imaginez un nouveau terrain de jeu, chaleureux, convivial, qui favorise la mixité sociale et le « vivre ensemble », tel est le nouvel enjeu des bibliothécaires. Si bien que toutes les expériences sont permises, depuis le simple coin café, en passant par le cours de tai-chi, et en allant jusqu’à l’atelier tricot. Il est vrai que parfois on s’y perd et on se demande si nous ne sommes pas juste dans un grand mouvement d’agitation orchestré par quelques bibliothécaires branchés.

Car quels bénéfices réels le public tire-t-il de ces animations  fun, décalées ?… Ne va-t-on pas retrouver toujours les mêmes publics avertis en manque d’expérience collective dans ces RDV ? Qu’en est-il de la frange de la population de laisser-pour-compte pour qui ces bibliothèques sont aussi des refuges pour trouver le calme, le silence, le soutien documentaire, en vue de cette fameuse réussite éducative, qui figure dans les objectifs numéro un de nos politiques ?

Mais non les bibliothèques ne sont plus ce havre de paix pour l’étude, elles sont un lieu de rencontre, de débat, d’expérimentation, de loisirs et même parfois de consommation.

Tant mieux, sans doute, mais peut-être faut-il parfois aussi revenir aux fondamentaux. Se rencontrer, mieux vivre ensemble, se sentir comme chez soi, dans un lieu neutre, oui, mais c’est encore mieux si l’on peut aussi s’informer, faire des découverte artistique et stimuler l’imaginaire.

C’est une force qu’ont les bibliothèques ces collections de livres, périodiques, cd, dvd, ressources numériques, cela reste leurs particularités, et ce sont des chemins vers cette culture tous azimut, savante et populaire que les bibliothécaires doivent continuer à inventer.

La bibliothèque troisième lieu est un concept riche s’il est utilisé en ce sens, en croisant avec une bibliothèque de tous les savoirs, porte d’entrée sur la culture et l’information, véritable fabrique du citoyen. C’est bien à tous ces enjeux que la bibliothèque doit répondre, car sinon c’est un voyage dans la cinquième dimension que nous nous préparons à faire !bibliotheque (1)

Illustration de Yoel Jimenez

Déchet…. rance, une déchéance !

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Illustration de Yoel Jimenez

Déchéance de la nationalité, droit de vote des étrangers, bi-nationaux, terroristes, migrants, état d’urgence, guerre, bombardements, état islamique, salafisme, tout se mélange, tout s’enflamme et on aurait envie d’ouvrir une tranchée et de recouvrir tout ceci de cailloux pour imaginer que les problèmes sont réglés. Retirer la nationalité aux terroristes pour mieux fermer les yeux et ne pas se sentir concerné !

Faire rentrer la déchéance de la nationalité  pour acte de terrorisme dans la constitution, un symbole fort pour lutter contre des actes barbares ! c’est une blague ? Depuis quand les terroristes ont-ils peur des lois, qui plus est ceux qui sont capables de se faire exploser tout comme leurs victimes. Un symbole pour qui ? Est-ce que ceux qui passent à l’acte d’attenter contre la nation se préoccupent de nos lois ? Non, évidemment puisque ce sont eux qui luttent au plus haut niveau et avec des armes, des vraies, pour combattre un Etat, un système, un ensemble de valeur, une idéologie. Certes les symboles sont importants en démocratie, ils rendent lisibles des valeurs abstraites, des idées à incarner. Mais la seule image que renvoie cette loi c’est qu’un terroriste ne mérite plus d’être citoyen français, comme si la barbarie ne faisait pas partie de l’humanité, de la France ! comme si on se lavait les mains en excluant de la nation les mauvaises pousses, les fous, les grands délinquants,… Barbares hors de nos frontières ! Et qui pourra se voir appliquer cette nouvelle sanction ? Evidement les binationaux car on ne veut tout de même pas faire des apatrides. Et là encore quelle image on véhicule ? Ceux qui ont commis ces actes ne sont pas vraiment français. Bravo ! encore de quoi plaire aux « frontistes ». Bref cette décision est absurde comme toutes celles de ce gouvernement qui avance comme un va-t-en guerre aveuglé ! Le début de ce mandat avec Taubira et ce si beau discours pour l’avènement du mariage pour tous nous laissaient espérer des combats dignes de la République Française, mais depuis, les promesses ne sont pas tenues et pire de nouvelles idées dangereuses apparaissent mois après mois pour construire des murs entre les citoyens. Le droit des vote des étrangers, une loi forte, symbolique, une promesse électorale…. mais non, trop dangereux ! par contre la déchéance de la nationalité pour ceux qui s’égarent, oui ! Chers compatriotes, continuez à ériger des murs, des lois pour nous diviser et oui nous parviendrons définitivement à détruire ce projet de société d’une nation unie mais plurielle.

Que les terroristes soient jugés comme les autres, en tous les cas qu’ils subissent les mêmes lois que tous les barbares, meurtriers et monstres qui salissent l’humanité, c’est tout, et arrêtons de créer des symboles marquant le rejet, l’exclusion, créons des symboles de fraternité et de paix, au risque de paraître utopiques. Oui comme a écrit Shakespeare, il faut commencer par le rêve et c’est aussi ce qu’on attend de nos politiques. Combattons la détresse, la misère, l’obscurantisme, le racisme et la bêtise, oui, mais ne jouons pas avec nos symboles, la nationalité n’est pas un cadeau qu’on jette à la poubelle pour se débarrasser des idées rances. Rangeons nos armes et combattons l’ignorance.

A la frontière….ou comment un simple voyage touristique se transforme en caricature

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Illustration de Yoel Jimenez
Pour bien commencer l’année , quoi de mieux qu’une virée en Espagne ? Traverser la chaîne des Pyrénées en bordant la mer méditerranée est devenu un jeu d’enfant. Merci messieurs-dames les députés européens pour cet accord de Shengen qui nous permet de voyager librement sans contrôle des frontières sur plus de 4 millions de km2 ! C’est donc l’esprit léger que l’on passe de Banyuls sur mer à Portbou. Un petit pincement au cœur tout de même en voyant ce poste de frontière abandonné, vide, taggé. Remontée de souvenirs de l’enfance où le grand-père tendait fièrement la carte d’identité de sa petite-fille à deux reprises à ces gardes-frontières dont l’uniforme changeant d’un bord à l’autre laissait présager d’un dépaysement certain : à nous les tapas et les pipas !
Peut-être que l’architecture des postes de douanes ferait un beau sujet de thèse d’histoire de l’art ? Il est peu probable que le bâtiment chevauchant la frontière à cet endroit soit classé et pourtant personne n’eut l’idée de le raser : il siège là à la mémoire d’un temps que l’on croit révolu où les hommes et les femmes ne circulaient pas tout à fait librement.
Passé cette poussée nostalgique, c’est l’esprit joyeux que nous pénétrons sur le territoire espagnol, sentant déjà l’odeur différente de l’air marin, le bruit, les sons se transforment, les drapeaux accrochés aux fenêtres des immeubles blancs signifiant l’entrée en Catalogne où aujourd’hui tout se vend ou se loue pour tenter d’échapper à la crise. Cette escapade nous fait vite oublier l’année 2015 et c’était le but : fini les élections régionales, les attentats, l’état d’urgence, Daesh, le chômage, les migrants, juste une petite journée de break avant les célébrations morbides qui viendront très rapidement occuper à nouveau le devant de la scène…
Pourtant il faut bien finir par rentrer et pourquoi pas en explorant d’autres routes. Portables éteints, sans prendre le soin de s’informer sur l’état des routes, nous nous engageons confiants sur cette autoroute de la Méditerranée, surnommée à bon escient la Catalane. C’était sans compter sur plusieurs facteurs incontournables : bison futé avait bien sûr positionné sur le rouge cette journée de retour de vacances, quelques travaux arrêtés pour cause de jours fériés réduisaient les axes de circulation et bien sûr l’actualité brûlante de ce nécessaire et possible retour du contrôle des frontières. C’est ainsi que nous passâmes 7 heures presque à l’arrêt pour 30 km de distance… qui dit mieux ? C’est vrai que tous les voyageurs ont accepté sans cri ni pleurs cette situation. Les circonstances ne nous permettent pas d’avoir l’esprit trop critique ou de laisser éclore notre mauvaise humeur. C’est vrai aussi que nous avons eu le temps de nous préparer (croyions-nous) à un accueil rigoureux, ferme, pourquoi pas militaire avec un contrôle précis des véhicules et des individus forcément suspects puisque venant de l’étranger…. Les deux gendarmes qui faisaient la jonction entre les deux pays balayaient de leur lampe torche la file de voitures avec agilité et agrémentaient ce ballet d’un petit geste fluide de la main : « circulez, il n’y a rien à voir ». Nous étions presque déçus de si peu d’armement. Non, pas même un militaire et son fusil pour nous accueillir ni de drapeau français fièrement érigé.
Puisqu’il s’agit d’une opération de communication, ils auraient pu en faire un peu plus ! Car quel était le sens de cette présence (ridiculement maigre) de la gendarmerie… Pas de présentation des papiers d’identité, pas de fouille, rien. Tout ça pour ça. Et d’un jour à l’autre, nous pouvions croire que ce poste de douane abandonné à PortBou n’était déjà qu’un souvenir d’un temps lointain où les hommes et les femmes circulaient librement… Ce retour en France est peut être un avertissement de ce qu’un état d’urgence permet de faire délibérément, sans attendre aucun avis des citoyens : réduire nos espaces de liberté petit à petit dans le silence et l’acceptation sous prétexte de nous protéger. La sécurité ce jour-là vu de l’autre côté de la frontière n’est en fait qu’une grande opération de communication, mais c’est bien elle qui prend le dessus, au détriment de la liberté. Bientôt Shengen, Erasmus et compagnie seront-ils aussi en ruines et couverts de tags ?

Texte de Leï-La